Comment Aider Un Enfant Qui N’aime Pas Les Maths… Comme Certains N’osent Pas Parler Anglais ?

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Je suis partie avec mon amie Déborah en Écosse, en 2018, juste avant le Covid.

On s’était promis un vrai voyage à l’aventure. Monter au nord, jusqu’à Inverness, traverser ces paysages un peu bruts, un peu sauvages… et bien sûr aller voir le Loch Ness. Ce lac immense, presque irréel, entouré de brume, chargé de légendes.

L’Écosse, c’est ce genre d’endroit : un pays de contes, de mystères, où tu t’attends presque à ce qu’il se passe quelque chose.

On avait même loué une petite Ford Fiesta pour parcourir les routes écossaises. Franchement, on était à fond. Dix jours hors du temps.

Et puis Déborah… c’est le genre de personne avec qui tu peux parler pendant des heures. Elle est brillante, curieuse, passionnante.

Et pourtant.

Dès qu’il fallait parler anglais, elle se refermait complètement.

Pas une petite gêne, un vrai blocage.

Elle comprenait tout, suivait les conversations sans problème. Mais au moment de répondre… plus rien.

Et ça, ça m’a vraiment surprise, parce que ça ne collait pas du tout avec la personne que je connaissais.

Jusqu’au jour où elle m’a expliqué.

On s’était moqué d’elle plus jeune. À l’école, mais aussi à la maison. Ses frères et sœurs ne manquaient pas de se moquer d’elle, de lui faire sentir que son anglais n’était pas bon… qu’elle n’était pas bonne en anglais.

Et elle avait gardé ça comme une vérité.

Ce qui m’a frappée, ce n’était pas qu’elle bloque.

C’est qu’on lui avait mis ça dans la tête très tôt… et qu’elle ne l’avait jamais remis en question.

Et en la regardant, ça m’a sauté aux yeux :

c’est exactement ce que je vois aussi en mathématiques.

𓂀 Les maths sont un langage (et on les apprend mal) 𓂀

𓁣 Le Paradoxe 𓁣

On accepte facilement une chose.

Quand quelqu’un dit : “Je suis nul en anglais”, on comprend tout de suite ce que ça veut dire.

On se dit qu’il n’a pas assez pratiqué, qu’il manque juste d’occasions pour parler, pour essayer, pour se lancer.

Ça paraît logique.

Mais quand un enfant dit : “Je n’aime pas les maths”… là, on ne réagit plus du tout de la même manière.

On ne se dit pas qu’il manque de pratique.
On ne se dit pas qu’il faut le mettre en situation.

On pense que ça vient de lui.

Comme si c’était plus profond, comme si c’était une limite.

Alors que si on prend un peu de recul, les mathématiques, c’est aussi un langage.

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Un langage avec ses symboles, ses règles, mais surtout du sens.

Et comme pour une langue : sans pratique, sans contexte… ça ne fonctionne pas.

𓁣 Ce qu’on fait en anglais… vs ce qu’on fait en maths 𓁣

Quand on apprend l’anglais, on ne commence pas par des règles compliquées.

  • On écoute.
  • On répète.
  • On se trompe.
  • On essaye.

On apprend dans des situations concrètes comme demander son chemin, commander quelque chose… On échange.

Petit à petit, la langue devient familière.

En maths, on fait souvent l’inverse 🙁

  • On commence par des règles, des chiffres, des exercices…
  • Sans jamais passer par quelque chose de vécu.

Et c’est exactement là que le décalage se crée.

🇬🇧 Langue anglaise 🔢 Mathématiques
On écoute avant de parler On calcule sans avoir manipulé
On pratique dans des situations réelles On fait des exercices abstraits
On accepte de se tromper On cherche la bonne réponse tout de suite
On vit la langue On apprend sans expérience
On utilise le corps (intonation, gestes, contexte) On reste dans la tête uniquement

Et quand on regarde ce tableau, quelque chose devient évident: ce n’est pas que les maths sont plus difficiles.

C’est qu’on ne les apprend pas de la même manière.

𓁣 Mon expérience allemande 𓁣

Je l’ai vécu moi-même avec l’allemand.

À l’école, on apprenait des textes, des thèmes… parfois même des notions assez complexes.

Je me souviens très bien, par exemple, être capable de parler de la réunification en allemand : die Wiedervereinigung. Ça, je savais le dire.

Mais une fois sur place, en Allemagne, impossible de dire des choses simples.

  • Demander une fourchette ? Je ne savais pas.
  • Dire “couteau” ? Pas mieux.
  • Commander normalement ? Impossible.

Et c’est là que j’ai compris quelque chose : je connaissais des mots compliqués, mais je ne savais pas utiliser la langue dans le quotidien…

Parce que je ne l’avais jamais vraiment vécue.

Et en maths, c’est exactement la même chose :

Un enfant peut savoir faire des exercices sans jamais vraiment comprendre ce qu’il fait.

𓂀 Et si on remettait enfin les maths en pratique ? 𓂀

Et si on faisait comme pour l’anglais ?

Si, au lieu de commencer par des règles, on commençait par l’expérience. Quelque chose de simple, de concret, quelque chose qu’un enfant peut voir, toucher, ressentir.

Parce qu’au fond, la vraie question, ce n’est pas seulement quoi apprendre :

c’est dans quel ordre on apprend.

🇬🇧 Langue anglaise (ce qu’on fait naturellement) 🔢 Mathématiques (ce qu’on fait souvent) ✨ Ce qu’on devrait faire en maths
On écoute avant de parler On demande de calculer tout de suite 🔵 Manipuler avant de calculer
On apprend dans des situations concrètes On donne des exercices abstraits 🔵 Partir du réel (objets, quotidien)
On accepte de se tromper On attend la bonne réponse immédiatement 🔵 Tester, essayer, se tromper
On pratique régulièrement On fait des maths seulement “en exercice” 🔵 Faire des maths dans la vie  de tous les jours
On utilise le corps (gestes, sons, contexte) On reste uniquement dans la tête 🔵 Passer par le corps (mains, doigts)

Autrement dit : les maths ne devraient pas être seulement un moment de devoir… mais un moment de vie.

𓂀 Un exercice simple pour construire le sens du nombre 𓂀

Si on veut vraiment aider un enfant à comprendre les maths (cliquez ici vers l’article), il faut revenir à quelque chose de fondamental :

  • le nombre ne se récite pas
  • le nombre se construit
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𓁣 Exercice : relier les objets… aux doigts 𓁣

Prenez quelques objets que votre enfant aime bien :

  • petites voitures
  • figurines
  • jetons

Peu importe: l’idée, c’est de partir de quelque chose de concret.

𓁣 Étape 1 : partir du réel 𓁣

Par exemple, posez 7 objets devant lui et laissez-le les regarder.

Pas besoin de calculer, ni d’aller vite.

 Juste voir qu’il y en a “plusieurs”.

𓁣 Étape 2 : représenter avec les doigts 𓁣

Ensuite, demandez-lui de montrer la même quantité avec ses doigts.

7 objets = 7 doigts

Et là, quelque chose d’important se passe : ses doigts deviennent une représentation du réel.

𓁣 Étape 3 : passer du comptage à la vision 𓁣

Au début, il va compter  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7… Et c’est normal.

Mais petit à petit, avec l’habitude, il ne va plus compter.

 Il va voir le 7.

Et surtout… il ne va pas voir seulement “7”.

 Il va voir aussi toputes les combinaisons du chiffre   7 avec ses 7 doigts:

  • 5 + 2
  • 4 + 3
  • 6 + 1

Autrement dit :

il ne compte plus mécaniquement… il voit et comprend le monde

𓁣 Étape 4 : faire le lien (le vrai déclic) 𓁣

Ce qui est puissant ici, c’est que ton enfant fait un aller-retour :

  • objets concrets → doigts
  • doigts → quantité

Et ses doigts jouent un rôle essentiel car ils ne sont pas les objets.

Les doigts sont déjà une abstraction.

Même s’ils sont différents (taille, forme…), ils représentent une seule chose :

une quantité

Et c’est exactement ça, comprendre les maths :

passer du réel… à une représentation… puis à une idée

𓁣 Ce qu’il faut retenir 𓁣

  1. Au début, l’enfant compte
  2. Puis il reconnaît
  3. Enfin il comprend
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👉 Compter, c’est étape par étape. Calculer, c’est voir d’un seul coup.

𓂀 Comment aider un enfant qui n’aime pas les maths : ce que l’anglais nous a appris 𓂀

Je repense à Déborah, en Écosse.

Au début, elle n’osait pas parler. Pas parce qu’elle ne comprenait pas… mais parce qu’elle n’avait jamais vraiment eu l’espace pour essayer, se tromper, pratiquer.

Et puis, petit à petit, elle s’est lancée.

De manière imparfaite et avec beaucoup d’hésitation, mais elle a commencé à parler. À utiliser la langue dans des situations simples, concrètes. Et c’est là que quelque chose s’est débloqué.

Juste parce qu’elle a commencé à vivre la langue.

Et en maths, c’est exactement la même chose.

Un enfant n’a pas besoin qu’on lui explique encore plus. Il a besoin de manipuler, de voir, de faire des liens… de passer du concret à une représentation, puis à une compréhension.

C’est ce que vous venez de faire avec les doigts.

  • Relier des objets à une quantité.
  • Transformer cette quantité en représentation.
  •  Puis commencer à la voir d’un seul coup.

Et c’est là que tout change.

Parce qu’à ce moment-là, on ne compte plus… on calcule et on comprend.

Alors si vous vous demandez comment aider un enfant qui n’aime pas les maths, ne cherchez pas à aller plus vite.

Revenez simplement à la manière dont on apprend vraiment :

comme une langue.

Car une langue qu’on parle, c’est une langue qui brave le concret, qui passe les essais et que l’on fait vivre au quotidien.

On ne comprend pas les maths parce qu’on les explique mieux.
On les comprend quand elles commencent à faire sens.

Hatôpè

Djéhouty 𓅞

𓁣 Sources 𓁣

Sur l’estimation et le rôle du corps :

Franke, M. & Ruwisch, S. (2010) Didaktik der Geometrie in der Grundschule (Springer, Berlin)

Sur le rôle du corps dans l’apprentissage :

Duval, H., Raymond, G. & Odier-Guedj, D. (2022) Engager le corps pour enseigner et apprendre : diversité et perspectives (Presses de l’Université Laval)

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