Les Enfants Adorent les Énigmes. Alors Pourquoi Détestent-ils les Maths ?

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Maternelle –>CM2
Clé émotionnelle
Neurosciences & psychologie

La devinette du fermier

Un fermier possède 17 moutons.
Tous meurent, sauf 9.

Combien lui reste-t-il de moutons ?

👆 Clique ici pour voir la réponse

La réponse est 9. Tous les moutons sont morts… sauf 9.

Mais ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas la réponse :

C’est ce qui s’est passé pendant que vous cherchiez.

Peut-être avez-vous fait un calcul, peut-être avez-vous essayé de repérer le piège, ou avez-vous imaginé plusieurs réponses avant de trouver la bonne.

Pendant quelques secondes, votre cerveau s’est mis au travail. Et sans même vous en rendre compte, vous faisiez déjà des maths.

Car les maths, ce n’est pas seulement calculer : c’est aussi observer, faire des hypothèses, tester des idées et chercher une logique.

Et je suis prête à parier que si votre enfant avait été à côté de vous, il aurait lui aussi eu envie d’essayer.

Maintenant, changeons simplement une chose. Au lieu d’une devinette, annoncez : ” Aujourd’hui, nous allons résoudre un problème de maths “(cliquez ici ver l’article).

Pour beaucoup d’enfants qui ont des difficultés en maths, l’envie disparaît presque immédiatement. Soit ils cherchent la bonne réponse le plus vite possible. Soit ils se demandent s’ils vont réussir. Soit ils abandonnent avant même d’avoir commencé.

Pourtant, quelques secondes plus tôt, ces mêmes enfants étaient prêts à jouer, à chercher et à relever le défi.

Alors pourquoi ce changement ?

𓂀 Ce jour-là, le cours de maths ressemblait à un jeu

J’avais 12 ans. Et je me souviens de ce cours parce que je n’en ai jamais eu un comme ça après.

Le professeur avait annoncé qu’on ferait des devinettes, des énigmes.

Ce qui m’a frappée, c’est mon copain Alain. Bon élève, discret, pas du genre à se faire remarquer. Quelqu’un qui, en général, attend que le cours se passe et même quand il comprend tout.

Ce jour-là, il était enjoué, joyeux et concentré d’une façon comme je ne l’avais jamais vue.

maths enfant difficulté

Et autour de moi, tout le monde était pareil: mes camarades de classe se parlaient, émettaient des hypothèses, discutaient entre eux. Et le prof encourageait ça. On n’était plus assis à écouter en silence: on cherchait, on débattait, on testait des idées.

On était comme des détectives, comme des pirates qui cherchent un trésor: on avait vraiment, mais vraiment envie de trouver.

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Ce que j’ai compris ce jour-là

Et pourtant on faisait des mathématiques, on résolvait des problèmes de maths.

Nous êtions les mêmes élèves, dans la même salle, avec le même professeur.

Juste un mot différent, et toute l’ambiance avait changé.

En fait, les enfants aiment les énigmes parce que c’est drôle, parce que ça ressemble à un jeu de piste. Ça attise leur curiosité. Et puis derrière, il y a quelque chose à trouver, un mystère à élucider, exactement comme dans un jeu vidéo.

Et ça, ça change tout.

 

𓂀 Les maths ne se cherchent pas tous de la même manière

Ce que j’aime dans les énigmes, c’est qu’elles laissent chacun chercher à sa façon.

Si vous me posez une devinette, il y a de fortes chances que je prenne un stylo. En fait, je vais dessiner des moutons. Et même si ces moutons, sont des ronds avec quatre traits pour les pattes car j’ai besoin de voir les choses.

D’autres personnes vont faire un calcul dans leur tête. D’autres vont prendre des objets sur la table pour représenter la situation. Et d’autres encore vont raconter à voix haute tout ce qu’elles sont en train de penser.

Ce qui est fascinant, c’est que toutes ces personnes peuvent arriver à la même réponse, pas par le même chemin mais par leur propre chemin.

Et je crois que c’est aussi cela, les maths: ce n’est pas seulement trouver mais aussi chercher, essayer et recommencer.

Pour apprendre à voir les choses sous un autre angle.

𓂀 Pourquoi votre enfant adore les devinettes et fuit les maths ?

La réponse est plus simple qu’on ne le croit.

Et elle ne concerne pas votre enfant mais elle concerne le signal que le mot envoie à son cerveau.

Ce que le cerveau entend

” On va faire un problème. ”

 

→ Risque d’erreur. Peur du jugement. Bonne réponse attendue.

Ce que le cerveau entend

” On va résoudre une énigme. ”

 

→ Exploration. Curiosité. Droit de chercher.

Ce n’est pas votre enfant qui change entre les deux.

C’est son état intérieur.

Ce qui se passe dans le cerveauLa curiosité apprend. La peur résiste.

Quand le cerveau perçoit une situation comme une évaluation  (risque de se tromper, peur du jugement…), il entre en mode défense. La mémoire de travail diminue et la flexibilité mentale se réduit.

Quand il perçoit une situation comme un jeu à explorer, il libère de la dopamine, il s’engage et il apprend.

” La devinette invite à explorer. Le problème scolaire demande souvent la bonne réponse. L’un active la curiosité ET l’autre, la peur de se tromper. “

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Ce n’est pas une question de niveau en maths mais une question de signal émotionnel.

Peut-être que votre enfant n’a pas perdu le goût des maths. Peut-être qu’il a simplement oublié que les maths peuvent aussi être un jeu.

La Baguette Math et Magique

𓂀 Ce que la recherche confirme

Jo Boaler · Stanford University · Mathematical Mindsets, 2016

Jo Boaler a suivi des milliers d’élèves pour comprendre pourquoi tant d’enfants finissent par fuir les maths. Sa conclusion : la pression de la performance et la peur de l’erreur bloquent l’apprentissage, bien plus que la difficulté du contenu. Boaler, Stanford News, 2015

Dans un camp d’été de mathématiques basé sur des approches ouvertes et créatives, les élèves ont amélioré leurs résultats de manière dramatique en quelques semaines et sans cours supplémentaires. Juste en changeant la façon de présenter les maths. Stanford Online, Mathematical Mindsets

Les enfants qui réussissent le mieux en maths sont souvent ceux qui explorent, testent, jouent avec les idées, et acceptent les erreurs comme faisant partie du processus. Pas ceux qui cherchent à être parfaits immédiatement. Boaler, Mathematical Mindsets, 2016

 

𓂀 Un seule astuce à tester ce soir : l’énigme du soir

Ce soir, avant les devoirs ou après le dîner, posez une devinette à votre enfant : une seule, sans cahier, sans correction immédiate et sans note.

Juste le plaisir de chercher ensemble.

enfant maths difficultés énigme du soir

💡

Conseil non sollicité : choisissez des devinettes que vous savez résoudre. Ou pas. Parfois se tromper devant son enfant est la meilleure chose qu’on puisse faire.

GS

Maternelle · Grande section

” J’ai 4 bonbons. J’en donne 1 à ta sœur. Combien il m’en reste ? “

Lamine a 5 ans, en GS. Trois semaines après que sa maman a commencé l’énigme du soir, c’est lui qui demandait : ” Maman, t’as une devinette pour moi ? “ Il ne savait pas qu’il demandait des maths.

(Attention : il arrive que ce soit vous qui bloquez sur la devinette. Dans ce cas, prétendez que c’était fait exprès. ” Je voulais voir si tu trouvais tout seul. ” Ça marche à tous les coups.)

CP

CP · CE1

” Il y a 3 poules dans la cour et 2 sur le toit. Combien en tout et laquelle est la plus difficile à attraper ? “

La deuxième question n’a pas de réponse mathématique. Mais elle oblige votre enfant à réfléchir, à argumenter, à jouer avec les mots. C’est déjà de la logique.
CE2

CE2 · CM1

” J’ai une énigme pour toi. Attention je te préviens : il y a peut-être un piège. “

Puis posez un exercice ordinaire du cahier, sans rien changer d’autre.

Nassim a 8 ans et est au CE2. La première fois que sa maman a dit “il y a peut-être un piège”, il s’est redressé sur sa chaise, il a relu deux fois et … il a trouvé tout seul ! L’exercice n’avait pas changé mais son engagement, oui.

Questions fréquentes – parents d’enfants en difficulté en maths

Pourquoi mon enfant aime les devinettes mais déteste les maths ?

Parce que la devinette invite à explorer, et le “problème” de maths à l’école demande souvent la bonne réponse immédiatement. L’un active la curiosité (la devinette) , l’autre la peur de se tromper (le “problème” de maths). Ce n’est pas votre enfant qui a changé : c’est le signal émotionnel que le mot envoie à son cerveau.

Comment rendre les maths amusantes pour un enfant qui les déteste ?

Commencez par une devinette, pas un exercice. Posez une énigme à votre enfant ce soir, sans lui dire que c’est des maths. Laissez-le donc chercher et éviter de le corriger immédiatement. Car l’objectif n’est pas la bonne réponse : c’est de lui rappeler qu’il aime chercher.

Les jeux de logique et devinettes aident-ils vraiment en maths ?

Oui. Jo Boaler (Stanford, 2015) a montré que les approches ouvertes et créatives (celles qui ressemblent à un jeu d’exploration) améliorent les résultats en maths de manière significative. Observer, émettre des hypothèses, tester : ce sont exactement les compétences mathématiques fondamentales.

À partir de quel âge peut-on faire des devinettes mathématiques avec un enfant ?

Dès 4-5 ans: un enfant de maternelle qui cherche “combien il reste de biscuits si on en mange 3” fait déjà des maths, sans le savoir. L’important n’est pas le niveau de la devinette, c’est l’état d’esprit qu’elle crée : curiosité, exploration, envie de trouver.

Les énigmes ne feront pas disparaître toutes les difficultés en maths.

Mais elles rappellent quelque chose d’important :
Avant de savoir résoudre, il faut avoir envie de chercher.

Hatôpè
Djéhouty 𓅞

𓁣 Sources et Ressources 

Jo Boaler, Mathematical Mindsets: Unleashing Students’ Potential Through Creative Math, Jossey-Bass, 2016

Jo Boaler, “Cultivating a Growth Mindset in Mathematics”, Stanford News, décembre 2015

Stanford Online, “Mathematical Mindsets” (cours en ligne, 18 leçons, augmentation moyenne des scores de 50%)

5 Comments

  1. Tu as raison Dorvale, ce n’est pas toujours la difficulté des maths qui bloque, mais plutôt la manière dont elles sont présentées et reçues intérieurement. La curiosité peut effectivement tout changer dans l’engagement d’un enfant. Les mathématiques sont trop souvent présentées sous forme d’évaluation et mettent trop de pression. Merci de les replacer à leur juste place !

  2. Je suis tout à fait d’accord pour dire qu’un enseignement productif des mathématiques doit passer par de petits défis, comme des mystères à résoudre, sans craindre l’échec.

    Il n’est pas nécessaire d’avoir fait des études de psychologie pour comprendre cela, mais malheureusement, cela n’est appliqué en pratique que beaucoup trop rarement.

    Je l’applique même dans mes livres d’apprentissage caché de l’allemand, avec succès et pour le plaisir de mes lecteurs, comme le confirment les retours que je reçois. Ils peuvent les lire comme des récits d’aventure et se rendre compte, presque à leur propre étonnement, qu’ils ont appris des choses sans en avoir conscience…

  3. On constate le même phénomène en arts plastiques: l’idée est de proposer une incitation suffisamment ouverte pour appeler de multiples réponses possibles avec une contrainte qui sert précisément d’apprentissage.
    Les ados sont systématiquement happés par le défi, l’énigme plastique à relever et leurs productions plastiques sont parfois diamétralement opposées alors qu’elles répondent exactement aux mêmes consignes/contraintes!

  4. Ton article me fait penser au sketch de Gad Elmaleh 🙂
    Je suis d’accord avec toi, présenter les maths ou toute activité sous forme de jeu ou d’énigme donne tout de suite plus envie de s’y mettre. Et malheureusement, la “phobie” d’une matière vient souvent des parents. Parce qu’ils ne sont eux-mêmes pas à l’aise avec la discipline en question.
    Mais j’adore l’idée de proposer une devinette tous les soirs !

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