Comment Aider Son Enfant À Se Concentrer En Maths ?

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Vous pensez que votre enfant manque de concentration en maths ?

C’est possible.

Mais avant d’en être sûr, il y a un détail qui ne colle pas.

Parce que ce même enfant est capable de passer 15, 20 ou 30 minutes sur un jeu vidéo. Il peut rester bloqué sur un niveau, essayer une stratégie, échouer, recommencer, faire autrement, puis recommencer encore jusqu’à trouver la solution.

Autrement dit, il est capable de faire preuve de réflexion, de persévérance et de concentration lorsqu’une activité lui donne envie de s’investir.

Alors si c’est le même enfant, nous avons un problème.

Parce qu’un enfant qui ne sait pas se concentrer ne devrait pas être capable de faire ça.

Et pourtant, c’est exactement ce qu’il fait.

Alors qu’est-ce qui se passe vraiment ?

Pourquoi ce cerveau qui semble incapable de rester attentif devant une opération, une division ou un problème de maths devient-il soudainement capable de soutenir son attention pendant de longues minutes lorsqu’il joue ?

La plupart des parents pensent que le problème est la concentration de leur enfant en maths.

Mais si le problème était ailleurs ?

Et si votre enfant n’avait pas un problème d’attention … mais un problème de sens ?

𓂀 Le jour où j’ai compris que ce n’était pas un manque d’attention

Je me souviens de Manu et de son fils Sam.

Sam avait douze ans et sa maman Manu faisait l’école à la maison.

La réalité – telle que Manu me l’a décrite

Parmi toutes les matières, la géométrie était celle qui lui donnait le plus de fil à retordre.

Dès qu’il fallait tracer des droites, mesurer des segments ou construire une figure, rien n’allait. Les traits n’étaient jamais vraiment droits, les mesures semblaient approximatives et les exercices se transformaient rapidement en source de frustration.

Manu avait fini par penser que son fils manquait simplement de concentration.

Pourtant, il y avait quelque chose qu’elle ne comprenait pas.

Quand Sam se retrouvait dans l’atelier au garage avec son papa, il pouvait passer une heure entière à bricoler. Il mesurait des planches, traçait des repères, vérifiait des angles, découpait puis assemblait des pièces de bois avec beaucoup de soin.

Alors un jour, je lui ai posé une question :

« Quand il construit quelque chose, est-ce qu’il utilise des mesures ? »

Elle a ri.

« Bien sûr. Tout le temps. »

Et c’est là que quelque chose est devenu évident : Sam n’avait pas un problème d’attention.

D’ailleurs, il n’avait même pas un problème avec la géométrie.

Le problème était qu’il ne voyait pas encore que la géométrie qu’il utilisait dans l’atelier était la même que celle qui se trouvait dans son cahier.

 

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Sam mesurait des planches, vérifiait des angles et ajustait ses découpes : il faisait déjà de la géométrie.

La seule différence, c’est que dans l’atelier, la géométrie avait un sens.

𓂀 Pourquoi votre enfant se concentre sur tout sauf les maths ?

La réponse est dans la façon dont le cerveau gère son énergie.

Ce qui se passe dans le cerveau · Daniel Kahneman

Pourquoi votre enfant décroche sans le vouloir.

En fait, le cerveau fonctionne un peu comme une batterie. Et son but ? Économiser son énergie.

Le matin, cette batterie est bien chargée. Puis, au fil de la journée, chaque effort de réflexion, chaque nouvelle notion à comprendre et chaque problème à résoudre consomment une partie de cette énergie.

Et donc, le cerveau a pris une habitude très intelligente : avant de dépenser son énergie, il vérifie si l’effort en vaut la peine.

Oui, parce que sa réserve n’est pas infinie, alors il se pose inconsciemment cette simple question:

” Est-ce que cela vaut vraiment la peine que j’utilise mon énergie pour ça ? “

Lorsqu’un enfant joue à un jeu vidéo, construit quelque chose ou poursuit un objectif qui lui tient à cœur, la réponse est souvent évidente.

Bien sûr que oui.

Alors son cerveau investit son énergie car il se concentre, il cherche des solutions et il persévère lorsqu’il rencontre une difficulté.

Mais lorsqu’il ne voit pas encore à quoi sert l’exercice qu’il a sous les yeux, la réponse devient beaucoup moins claire…

Et c’est souvent à ce moment-là que son attention commence à partir ailleurs.

On comprend alors quelque chose d’essentiel : l”attention n’arrive pas en premier.

D’abord le sens, puis l’attention.

Et c’est précisément ce que le cerveau nous montre tous les jours.

DK
Daniel KahnemanPsychologue · Prix Nobel d’économie 2002 · Auteur de Thinking, Fast and Slow, Farrar Straus and Giroux, 2011

Kahneman a montré une chose simple : le cerveau ne distribue pas son énergie gratuitement.

Avant de faire un effort, il vérifie inconsciemment si cela vaut vraiment la peine.

S’il trouve une bonne raison, il investit son énergie.

Sinon, il la garde pour autre chose. Source : Kahneman, Thinking, Fast and Slow, 2011.

La vraie question n’est pas : comment faire pour qu’il soit plus attentif ? La vraie question est : comment donner davantage de sens aux mathématiques ?

La Baguette Math et Magique – d’après Kahneman, 2011

𓂀 Ce que votre enfant vous dit sans le dire

Quand votre enfant regarde par la fenêtre pendant ses maths, il ne vous ignore pas.

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Il vous dit quelque chose.

Il vous dit que son cerveau cherche quelque chose qui ait du sens.
Il vous dit qu’il n’a pas encore trouvé le lien entre ces chiffres et sa vie.
>Il vous dit qu’il est capable de se concentrer mais pas sur n’importe quoi.
>Il vous dit qu’il attend une porte d’entrée.

Et cette porte, vous pouvez l’ouvrir.

Pas en forçant l’attention. En trouvant le sens.

𓂀 Ce que la recherche dit … précisément

Daniel Kahneman · Thinking, Fast and Slow · Farrar Straus and Giroux, 2011

Le psychologue Daniel Kahneman a montré que notre cerveau a deux façons de réfléchir:

  • la première est rapide et automatique,
  • la seconde est plus lente.

Car la seconde demande davantage d’effort: il l’appelle la pensée délibérée. C’est elle que votre enfant utilise lorsqu’il résout un problème de maths, découvre une nouvelle notion ou cherche une solution.

La pensée délibérée est extrêmement utile, mais elle a un coût. Kahneman, 2011, ch. 2

Elle demande beaucoup plus d’énergie au cerveau que la pensée automatique.  En fait, avant de mobiliser cette énergie, le cerveau vérifie inconsciemment une chose :

« Est-ce que cet effort en vaut la peine ? »

Si la réponse est oui, il s’engage mais si la réponse est non, son attention part ailleurs.

Ce n’est pas de la paresse, c’est simplement une façon pour le cerveau d’économiser son énergie. Kahneman, 2011

La solution n’est donc pas de demander sans cesse à votre enfant d’être plus attentif mais consiste plutôt à lui donner une bonne raison de l’être. Kahneman, 2011, ch. 3

 

𓂀 L’exercice à faire cette semaine : observer avant de corriger

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Cette semaine : oubliez les maths !

Pendant quelques jours, votre mission n’est pas de corriger, pas d’expliquer, ni même d’enseigner :

Simplement observer.

Choisissez trois moments où votre enfant est totalement absorbé par ce qu’il fait comme un jeu, un sport, un dessin, une construction, ou une discussion passionnante.

Nathalie, maman de Tom, 9 ans, CM1. Elle a observé pendant une semaine et elle a noté : foot, Lego, jeux de stratégie. Le point commun : Tom aimait comprendre les règles et trouver des stratégies pour gagner. Elle a ensuite présenté les maths comme un jeu de stratégie pour lui permettre de regarder son cahier différemment.

 

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Posez-vous ces quatre questions

Pour chacun des trois moments observés, cherchez :

1/Que fait-il exactement ? 2/Quel est son objectif ? 3/Pourquoi continue-t-il malgré les difficultés ? 4/Qu’est-ce qui semble lui donner envie de poursuivre ?

Les réponses à ces questions vous donnent une carte: cette cartee donne naturellement du sens aux efforts de votre enfant. Et c’est précisément ce sens que vous pourrez ensuite reconnecter aux mathématiques.

 

L’exercice d’écriture · À faire cette semaine

Prenez une feuille. Écrivez simplement :

” Mon enfant est naturellement concentré quand… “

Complétez avec trois situations observées. Puis ajoutez :

” Ce qu’il recherche dans cette activité, c’est… “

Essayez de trouver le point commun. Le défi ? La création ? La réussite ? La découverte ?

Enfin, posez-vous une dernière question : comment pourrais-je relier les mathématiques à ce qui compte déjà pour lui ?

Ne cherchez pas une réponse parfaite mais cherchez simplement une piste, une seule. Et commencez par là.

Questions fréquentes : parents d’enfants en difficulté en maths

Mon enfant se déconcentre en maths mais est-ce un problème d’attention ?

Pas nécessairement. Si ce même enfant reste concentré quarante minutes sur un jeu ou une construction, il n’a pas de problème d’attention mais il a un problème de sens. Le cerveau investit son énergie là où il perçoit un intérêt. Donner du sens aux maths, c’est rouvrir cette porte.

Comment aider un enfant qui n’arrive pas à se concentrer en maths ?

Commencez par observer mais pas corriger. Trouvez 3 moments où votre enfant est totalement absorbé. Cherchez le point commun : le défi, la création, la découverte ? Puis reliez ce sens aux mathématiques. C’est plus efficace que de forcer l’attention.

Pourquoi mon enfant est concentré pour tout sauf les maths ?

Parce que le cerveau filtre selon le sens perçu. Avant d’investir son énergie, il évalue : “est-ce que cela vaut la peine ?” Si les maths ne semblent pas connectées à quelque chose qui compte pour lui, le cerveau cherche ailleurs. Ce n’est pas de la mauvaise volonté : c’est de la neurologie.

L’attention peut-elle s’apprendre chez un enfant en difficulté en maths ?

Oui  mais pas directement. L’attention suit le sens, pas l’inverse. Forcer la concentration produit rarement des résultats durables. Quand un enfant comprend pourquoi une activité vaut son effort, son cerveau devient beaucoup plus généreux avec son attention. (Kahneman, Thinking, Fast and Slow, 2011.)

Car votre enfant sait déjà se concentrer. La vraie question est : sur quoi ?

La Baguette Math et magique 

𓁣 Sources et Ressources

Daniel Kahneman, Thinking, Fast and Slow, Farrar, Straus and Giroux, 2011.

Daniel Kahneman, Système 1 /Système 2: Les deux vitesses de la pensée, Farrar, Straus and Giroux, 2011.

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