Effet Zeigarnik : Procrastiner pour mieux apprendre

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Assise à une terrasse d’un café restaurant viennois, Bljuma Zeigarnik, docteur en psychologie, observe le ballet des serveurs. Elle s’étonne de leur facilité déconcertante à retenir des commandes longues et complexes et du fait qu’ils en oublient le contenu dès qu’elles sont encaissées. Quelques jours plus tard, pour valider une intuition, la doctoresse russe poursuit une expérimentation auprès de 20 élèves auxquels elle attribue des tâches :

  • 10 d’entre eux exécuterons et finiront toutes les actions
  • 10 autres n’en effectueront qu’une partie

Le lendemain de cette année 1920, elle constate alors que les apprenants qui ont des tâches inachevées se remémorent mieux ce qu’ils ont fait la veille.

C’est l’effet Zeigarnik, une découverte loin d’être anodine qui va ouvrir la voie à de nouvelles connaissances, des avancées et des pratiques pour la santé mentale et l’apprentissage.

3 conséquences surprenantes de l’effet Zeigarnik

En effet, les résultats des expériences menées par le docteur Zeigarnik  que l’on nomme désormais effet Zeigarnik montrent deux choses :

  • On se souvient mieux des tâches inachevées que celles qui sont terminées.
  • Si on nous demande les éléments d’une liste qu’on a finie, on l’a déjà oubliée.

Ainsi, de ces conclusions vont émerger trois corollaires avantageux pour l’apprentissage.

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La Charge mentale

Ha ce satané dossier ! Il vous manque juste la conclusion à rédiger et ce matin vous n’avez que ça en tête. Pourtant 97% de la présentation est bouclé, alors pourquoi ces 3% d’inachevé vous trotte-t ’il dans la tête ?

 

Effectivement, quand on commence une tâche, une tension se créée dans le cerveau : c’est la charge mentale. Cette tension est très utile car elle permet d’optimiser l’accès à toutes nos connaissances afin de terminer une tâche. La pédagogie de la gestion mentale décrit parfaitement ce processus cognitif par lequel chacun apprend de manière optimum grâce à sa capacité à être attentif, à comprendre, à réfléchir, à mémoriser et à imaginer.

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Une (désagréable) impression de ne jamais rien finir.

Dossier terminé, dossier classé. Et hop ! le cerveau le range dans la boîte des « cold cases » et passe à autre sujet. Et, chose étrange, on se focalise maintenant sur les autres tâches qu’il nous reste à … achever.

 

En fait, quand on termine une activité, cette tension se relâche et le cerveau oublie les actions terminées pour se tourner vers celles qui restent à traiter.

D’où cette sensation de ne pas avancer.

 

La tension en toile de fond

Maintenant, c’est bon, votre dossier est bouclé. Il ne reste qu’un ou deux points à revoir. Vous avez prévu de passer à l’écriture d’un autre rapport, mais … Vous vous sentez mal à l’aise. Une petite pensée vous ramène souvent, sans crier gare, à ces deux tout petits points d’amélioration…

 

En effet, c’est cette tension du cerveau en toile de fond qui empêche qu’on puisse se concentrer entièrement sur une autre activité tant qu’on n’a pas terminé celle-ci.

 

De ces 3 résultats d’expériences du Dr Zeigarnik il y a 100 ans, de nombreux experts en psychologie, psychanalyse et neurosciences tels que Amélia Lobbé et Daniel Lagache en ont tiré des bénéfices non négligeables pour la santé mentale, l’apprentissage et la productivité.

Analysons donc en détails l’impact de l’effet Zeigarnik sur l’apprentissage à travers les 5 stratégies mentales suivantes afin de :

  • D’en amplifier le côté positif c’est-à-dire nous aider à terminer les tâches commencées
  • D’en réduire le côté négatif, autrement dit diminuer le stress lié aux activités non achevées

 

 

5 bonnes raisons utiliser l’effet Zeigarnik

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Comment stimuler la motivation :

Nous l’avons vu que terminer une tâche libère l’esprit, alors nous allons la planifier.

En réalité, lorsque vous dressez une liste le matin de choses à faire, l’effet Zeigarnik nous informe que notre cerveau est en tension, prêt apprendre et surtout à terminer ces tâches. Ainsi, on va ressentir de la motivation pour aller jusqu’au bout de ces actions.

Ensuite, quand on s’autorise à barrer les éléments de la liste au fur et à mesure que les tâches sont accomplies, cela nous procure un sentiment de bien-être avec cette envie d’en faire plus car inconsciemment ou non, on souhaite renouveler cette agréable sensation. C’est un peu comme récolter les récompenses à travers la preuve des résultats.

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Enfin, à travers les études de la chercheuse norvégienne Else-Marie Augusti, les neurosciences l’ont montré : le cerveau apprend moins bien quand il est stressé. « Plus le stress est intense, plus nous sommes dépossédés de nos facultés intellectuelles. Penser clairement n’est alors plus possible » Dr Catherine Gueguen.

Par conséquent, pour décharger sa charge mentale et réduire son stress, on ne se laissera pas distraire par les actions inachevées en créant la veille au soir une to-do list (liste des choses à faire) pour le lendemain.

 

Comment réduire la procrastination

« Procrastiner, c’est remettre au lendemain le rangement de ses jouets quand on peut le faire maintenant », dixit ma maman.

Dans ce monde où la stimulation et la distraction sont matérialisées par les médias sociaux, accomplir une tâche est ardue car la tentation de « switcher » vers des activités plus ludiques est grande.

L’effet Zeigarnik nous encourage à commencer au plus tôt, maintenant. Car nous l’avons compris : toute tâche commencée crée une tension cérébrale qui va nous pousser l’achever.

Nous avons 5 petites secondes pendant lesquelles nous pouvons démarrer une action avant que l’on se crée un prétexte pour ne pas le faire.

Alors commencez et l’effet Zeigarnik fera le reste !

 

Comment améliorer la mémorisation

En 2016, les études menées par HEP la haute école pédagogique ont montré que les élèves qui font des pauses courtes ont tendance à mieux apprendre et à mieux mémoriser que ceux qui travaillent sans interruption.

En effet, ce résultat rejoint les expériences menées un siècle plus tôt par le docteur Bljuma Zeigarnik : on se rappelle mieux une tâche quand elle est inachevée. Les courtes pauses mentales et appropriées (éviter d’aller sur les médias sociaux qui sont captifs !) vont donc favoriser la mémorisation.

 

Comment rester concentrer

D’abord : Résister à la multi-tâche !

Maintenant que nous en savons plus sur le cerveau, on imagine le stress qu’il endure avec 2 tâches à gérer en même temps! D’abord, on commence une activité que l’on interrompt par une autre. Résultat, une accumulation de 2 activités inachevées qui s’ajoute à notre charge mentale.

On comprend alors pourquoi l’effet Zeigarnik proscrit la multitâche. Par conséquent, pour un apprentissage optimum, il vaut mieux prendre les tâches l’une après l’autre, par priorité et ne passer à la suivante que si la précédente est terminée.

Ensuite : Maintenir le focus

Alors, faut-il commencer par la tâche la plus difficile ? Les avis divergent. Si une action est trop difficile, elle peut manquer de démotiver l’apprenant. Si on se réfugie vers celles qui sont plus faciles, on prend alors le risque alors de ralentir son apprentissage. Le mieux est de débuter par la tâche la plus difficile et de la réduire en petites actions très accessibles. Ainsi la motivation reste élévée et l’impression d’avancer sera galvanisante.

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De plus, le cerveau n’aime pas la complexité alors il va nous procurer tous les outils pour que le traitement de celle-ci soit le plus facile à effectuer. Neurologiquement, le découpage en petites actions va garantir leur accomplissement dans la journée et donc décharger le stress du cerveau. Et dans le même temps, comme vu précédemment, cet agréable goût de récompense grâce à cette preuve de résultat, va garantir un niveau élevé de motivation pour poursuivre le lendemain.

 

Pour récapituler

effet zeigarnik pour recapituler

Nous l’avons vu l’effet Zeigarnik c’est en quelque sorte la mise en place de « cliffhangers » motivants et sans stress dans la vie. Un « cliffhanger » ? C’est type de fin, très fréquent dans les séries et les feuilletons où l’angoisse est à son comble et qui suppose une suite.

Voilà ! Votre enfant a réussi à apprendre sa table de multiplication de 3 jusqu’à 3×5 et demain il s’attaque au reste – 3×6 jusqu’à 3×10 ? Quel suspense ! Et quelle motivation s’il sent qu’il maîtrise le début de la table.

 

Pour résumer, voici ce qu’on fera pour qu’il tire le maximum de bénéfices de l’effet Zeigarnik pour qu’il apprenne mieux tout en gardant sa motivation:

  • Créer une todo-list la veille
  • Commencer par la tâche la plus difficile et là découper en petite tâches accessibles
  • Faire des pauses
  • Oublier la multitâche !
  • Se focaliser sur une tâche à la fois

5 habitudes efficaces et à porter de tous à mettre en place dès aujourd’hui !

Alors … c’est parti !

 

Si vous avez d’autres astuces à dévoiler, n’hésitez pas à me les laisser dans les commentaires. Et si vous avez apprécié cet article ou souhaitez me poser des questions, Faites donc ! Je serai ravie de vous répondre. À très bientôt !

 

Sources

Dr Else-Marie Augusti Research

« Vaincre la dépression et le burn-out »  – Amélia Lobbé (éditions Leduc, 2016).

« Heureux d »apprendre à l’école » – Dr catherine Gueguen (Robert Laffont, 2018).

 

4 réflexions sur « Effet Zeigarnik : Procrastiner pour mieux apprendre »

  1. Je n’avais jamais entendu parler de l’effet Zeigarnik. J’avoue mettre demandé aussi comment les serveurs pouvaient retenir autant de choses. Je comprends mieux maintenant. Je vais proposer ces méthodes à mes enfants en pleine révision d’examen. ça pourrait leur ouvrir des portes. Et je vais les utiliser pour moi aussi.
    Merci, merci

    1. Merci Anne pour tes retours ! Je suis contente que ces stratégies puissent t’aider ainsi que tes enfants !

  2. Bonjour,

    Je ne connaissais pas non plus cette théorie. C’est logique et bon à savoir.

    J’ai de mon côté travaillé comme serveuse et je n’ai jamais réussi à retenir les commandes.
    Je pense que les serveurs à temps plein et depuis des années ont tout simplement entraîné leur mémoire ! 🙂

    Merci en tout cas pour ton article et tes conseils.

    1. Oui le docteur Zeigarnik a eu une très bonne intuition dont nous pouvons tous profiter des bienfaits
      Merci Marie pour le partage d’expérience

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