Comme l’aider à être épanoui et heureux à l’école

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Autrefois, la route qu’empruntait un enfant vers l’autonomie était jalonnée de rites de passage.  Des rites ancestraux que les jeunes filles et les jeunes garçons devaient réussir pour devenir adultes.

Aujourd’hui, l’école ou le parcours scolaire est une version moderne de ce fameux chemin obligé vers l’indépendance.

Mais pourquoi être épanoui et heureux à l’école est-il donc important ?

Parce que ce monde du 21ème siècle va à une telle vitesse ! Et il emporte avec lui des bouleversements, des enjeux de société et technologiques tels que nous devons nous assurer que nos enfants ne se refusent jamais de relever un défi ou de saisir une opportunité parce qu’ils se jugent pas assez intelligents. Parce qu’ils s’estiment incapables d’apprendre.

Alors, comment pouvons-nous les aider à aimer apprendre ?

Un certain état d’esprit

« Tous les enfants sont intelligents. Chaque enfant est un génie dans quelque chose. Notre travail consiste à le trouver. Et ensuite de l’encourager. » — Robin Sharma

Il était une fois …

J’ai 10 ans et je reviens de l’école en larmes.  Je n’ai cessé de pleurer sur le chemin du retour, ma main dans celle de maman.

« Papa va vraiment pas être content ! », je ne cesse de répéter entre 2 sanglots.

Maman a beau essayé de me calmer, rien n’y fait. Et je continue quand elle me fait passer le seuil de la porte.

Mon carnet de notes du trimestre est dans mon cartable et je n’ose pas l’en sortir pour le montrer à maman.

En fait, j’ai obtenu 2 notes très moyennes qui m’ont relégué au rang de deuxième de la classe. C’est pour moi une catastrophe!  Car je suis habituée à l’excellence, aux 10/10, à l’émerveillement de ma maîtresse et à la fierté de mes parents (et en particulier celle de mon père) devant mes prouesses scolaires qui ne me demandent à vrai dire que peu d’effort. « Intelligente » serait presque comme mon deuxième prénom.

Ce trimestre, j’ai sans doute snobé quelques révisions, sous-estimé un travail scolaire en me reposant sur mes capacités intellectuelles naturelles.

Et je pleure parce que … j’ai peur. En fait, j’ai peur du regard de mon père, de sa déception.

Qu’est-ce qui va se passer quand il va réaliser qu’en fait je ne suis pas si intelligente que ça ?

Va-t-il continuer à m’aimer ?

Que vais-je devenir si je ne serai plus « Intelligente » ?

Même si cet événement du passé me  fait sourire aujourd’hui, je peux encore ressentir ma tristesse, et également l’inquiétude de maman face à mon désespoir d’enfant. « Rien d’anormal dans tout cela. C’est tout à fait logique », nous dirait la doctoresse américaine Carol Dweck, spécialiste en psychologie sociale.

Car c’est un principe comportemental qu’elle a identifié et observé de ses nombreuses années de recherche à l’université de l’Illinois où elle enseigne et qui permet de comprendre que l’amour d’apprendre ou la peur d’échouer commence par un certain état d’esprit.

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Esprit fixe et Esprit de croissance

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Échouer.  C’était la première fois que j’échouais et ça faisait très mal.  Je me rappelle avoir entendu plus tard dans la soirée maman dire à papa en aparté : « Si une mauvaise note la met dans un tel état, j’ai peur qu’elle s’écroule quand elle échouera vraiment. On doit la préparer à faire face ».

Comment faire face aux échecs ? c’est le travail de recherche que la psychologue Carol Dweck a consacré toute sa vie. C’est dans cette optique qu’elle a étudié, observé comment les étudiants réagissent et s’attaquent aux problèmes difficiles.

De ses études, elle a identifié 2 catégories de caractères des élèves : ceux qui voient l’échec comme un fardeau (esprit fixe) et les autres qui transforment l’échec en cadeau (esprit de croissance).

 

Esprit fixe

Imaginons que vous avez 14 ans, passionnée de basket ball, et que vous souhaitez rejoindre l’équipe première. Hélas, malgré votre enthousiasme et votre énergie, votre candidature est rejetée.

Quelle est votre réaction ?

D’abord, vous vous dîtes probablement que la compétition est féroce et que les coachs ont sans doute eu du mal à choisir. Mais très vite, une petite voix dans votre tête vous rabat votre caquet en tentant de vous convaincre que vous méritez votre sort car « vous êtes nulle ». Après tout, en tant qu’experts, les entraineurs ne pouvaient pas manquer de le voir. Et enfin, lasse de ses mauvaises rengaines, vous devenez plus tolérante et raisonnable envers vous-mêmes et regagnez votre estime de soi en vous disant que vous avez fait ce que vous pouviez, que vous êtes juste … moyenne, et c’est comme ça.

Ceci est la réponse d’une personne ayant un esprit fixe pour qui nous venons au monde avec une certaine intelligence.

Comme nous sommes un produit fini, nous ne pouvons pas progresser.

Pour un esprit fixe, l’effort est une mauvaise chose. Car faire un effort, c’est comme échouer car cela signifie que vous n’êtes ni assez intelligent ni assez doué. Effectivement si vous étiez vraiment talentueux, vraiment intelligent, vous n’auriez pas besoin de prendre tant de peine.

C’est pourquoi pour un apprenant avec un esprit fixe, réussir et avoir de bonnes notes signifient qu’on est intelligent. Et donc rater un contrôle et récolter de mauvaises appréciations impliquent qu’on est idiot.

D’où la réaction suivante quand on ne réussit pas à atteindre son objectif : on se lamente, on se ment à nous-mêmes, on blâme les autres, tout pour protéger son égo.

 

Esprit de croissance

Revenons au basket ball. Vous n’avez pas été sélectionnée et vous êtes profondément déçue.

Mais vous pouvez réagir autrement.

C’est vrai que vous oscillez entre lamentations « je suis nulle !» et désespoir « les autres sont trop fortes !», mais vous ne vous arrêtez pas là. Vous vous demandez ce que vous pourriez faire de plus ou de différent pour intégrer l’équipe la prochaine fois. Vous allez donc voir le coach pour des conseils afin d’améliorer votre niveau.

« Pour les enfants avec un esprit croissance, le succès c’est d’abord se dépasser, c’est devenir plus intelligent. Alors que pour les enfants avec l’esprit fixe, le succès c’est de prouver qu’on est intelligent et de le rester en faisant en sorte de réussir, toujours. » – Carol Dweck

 

On le voit bien, pour les enfants avec un esprit de croissance l’erreur est permise alors que pour les ceux avec un esprit fixe, elle est à bannir.

C’est pourquoi ces derniers ont tendance à éviter de se challenger, rester dans leur zone de confort, voire mentir.

Ainsi, les « esprits de croissance » apprennent mieux car ils sont plus enthousiastes. Parce qu’ils osent prendre des risques et ne craignent pas de commettre des erreurs. Parce que ces dernières ne les définissent pas (« Intelligente » si elle réussit, et « Nulle » « Idiote » dans le cas contraire). Elles sont juste des obstacles essentielles et communes vers l’apprentissage (cliquez vers l’article).

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Comment l’aider à être épanoui ? Changer d’état d’esprit

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L’objectif alors est de changer d’état d’esprit, de modifier notre monologue interne, de transformer nos jugements continuels (« c’est trop dur ! Tu n’es pas capable de le faire ») en propos encourageants qui nous amènent à nous surpasser, à grandir (« Vas-y ! qu’est-ce que tu dois apprendre pour progresser ? Développe des compétences pour y arriver ! »)

 

Carol Dweck nous invite à le faire en 4 étapes.

S’accepter

Tout d’abord, nous devons prendre conscience que les 2 esprits – de croissance et fixe – cohabitent en nous.

Effectivement, nous avons tous des zones dans notre vie où nous nous surprenons à avoir un l’esprit fixe.

Par exemple, quand je suis sous pression, et que je dois à tout prix respecter une date limite, mon esprit fixe apparaît pour me rappeler que « je n’y arriverai pas », « c’est trop dur pour toi » « tu as à peine écrit 10 lignes ! c’est vraiment pas terrible ».  Autant de mots décourageants que je dois écarter de ma tête pour me motiver à continuer.

Dans d’autres domaines de votre vie, l’esprit de croissance est présent. Notamment, en danse, qui est l’une de mes passions. Maîtriser un enchaînement difficile est pour moi un vrai défi que j’embrasse avec bonheur. J’y vois le plaisir de devenir une meilleure danseuse et de ravir d’autant plus l’audience.

Et vous ?  Quel est le vôtre ?  Quels sont ceux de votre enfant ?

À propos, vous êtes parent ou éducateur et vous pensez sincèrement avoir un esprit de croissance pour l’apprentissage ? Carol Dweck vous met en garde sur votre capacité à le transmettre.

Vous pensez donner confiance aux enfants en faisant l’éloge de leur talent naturel, de leur intelligence innée. La psychologue a observé que de tels compliments forment des esprits frileux face à des nouveaux défis car soucieux de paraître moins intelligents. En bref, des esprits fixes.

Par conséquent il vaut mieux complimenter les enfants sur les efforts qui sont produits pour arriver au résultat.

En définitive il vaut mieux «   wow, bravo !  Je vois que tu as bien travaillé et que tes efforts ont payé » plutôt que «   wow comme tu es intelligent.e ! ».

 

Se connaître

« Connaissez l’ennemi et connaissez-vous vous-même ; en cent batailles vous ne courrez jamais aucun danger. » – Sun Tzu

 

En effet, le méchant dans la série de films d’horreur « Scream » ne perd son emprise que lorsqu’on lui a enfin ôter le masque de fantôme blanc. Il faut faire de même avec l’esprit fixe, sans doute de manière moins tragique.

Quand est-ce que votre esprit fixe montre le bout de son nez ?

Est-ce quand vous êtes sous pression à un gros défi ? Quand vous perdez une relation chère et que forcément « c’est votre faute car vous n’êtes pas assez bien » ?

Et pour votre enfant ? Est-ce quand il reçoit une mauvaise note, qu’il se dit qu’« il ne comprendra jamais rien aux maths de toute manière »?

Parent, éducateur ou apprenant, osez débusquer votre esprit fixe pour mieux l’apprivoiser.

 

Se reconnaître

Maintenant que votre esprit fixe s’est révélé, donnez-lui donc un nom.

Le mien s’appelle « Cunégonde », un prénom ancien, importable qui me décourage de ressasser les erreurs du passé et m’incite à plutôt me focaliser sur le présent et l’avenir.

Quel est le vôtre ?

 

S’éduquer

Rien ne lui échappe à votre rabâcheuse, hésitante, pessimiste et frileuse « Cunégonde ».  En fait, ça fait des millénaires qu’elle se tient là à vos côtés.

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C’est le cerveau reptilien que le neurobiologiste Paul D. MacLean a identifié comme le centre de nos comportements primitifs. Déjà à la préhistoire, c’est lui qui déclenchait en une fraction de seconde la fuite à toute trombe de notre ancêtre homo sapiens quand le lion montrait le bout de sa crinière. Des centaines d’années à peaufiner nos réflexes pour nous garder en vie.

Désormais, il ne sait pas faire la différence entre le stress du danger d’hier face aux gros prédateurs et à face à celui d’aujourd’hui de réussir un devoir sur table. « Danger ! » nous crie-t ’il

« La persona de l’esprit fixé est né pour vous protéger et pour vous garder » – Carol Dweck

Mais vous savez que vous devez emmener votre cerveau reptilien ou votre « Cunégonde » vers le chemin de l’épanouissement et de la connaissance tant prisé par l’esprit de croissance.

Car grandir, aller de l’autre côté du pont de la connaissance implique faire des efforts.

Alors apprenez à rassurer votre « Cunégonde » en lui adressant par exemple ces mots :

« Merci de t’inquiéter et de vouloir me protéger. Je ne sais pas encore grand-chose c’est pour ça que je suis un peu stressé.  Mais je pense avoir une idée de de ce qu’on peut faire, en tout cas du prochain petit pas.  Allez courage, on y va ! on tente ensemble ! »

Et Continuez ainsi à lui parler afin qu’elle se calme et qu’elle participe à votre succès.

Faites donc votre chemin d’apprentissage avec votre esprit croissance mais aussi avec votre esprit fixe protecteur.

 

Pour récapituler

être épanoui pour récapituler

Apprendre et aimer apprendre c’est être épanoui à l’école, et aussi en dehors, dès que la vie nous en offre une opportunité. Votre enfant peut apprendre à le faire dès à présent en endossant un esprit de croissance dans son apprentissage, c’est-à-dire:

  • Oser agir
  • Commettre des erreurs
  • Agir encore
  • Refaire des erreurs …
  • Et sortir gagnant à chaque fois car, à chaque fois, on a appris

Et nous, parents et éducateurs, devons penser avant tout amélioration et pas jugement.

Finalement, les 4 étapes du modèle de Carol Dweck sont un moyen de transformer notre dialogue interne dévalorisant et pessimiste en motivation intérieure.

Et moi dans tout ça

Aujourd’hui je réalise combien avoir été très tôt confrontée à l’échec a été salutaire. Surpris de ma (sur)réaction, mes parents ont d’instinct mis le projecteur de mon apprentissage sur le travail qu’il fallait que je fournisse pour réussir malgré mon « talent ». J’étais « Intelligente » et je suis devenue « plus intelligente à chaque pas ». En effet comme le souligne Carol Dweck, j’ai commencé par voir l’erreur non plus comme un signe de stupidité mais comme un manque d’expérience et de compétence.

J’ai d’ailleurs redoublé une classe, bien plus tard, et « Cunégonde » est venue violemment frapper à ma porte en me prédisant les pires scénarios pour l’avenir, mais mon esprit de croissance m’a ouvert les portes d’autres opportunités que je ne manquerais de partager avec vous dans un prochain article si vous le souhaitez.

 

En attendant, si vous avez des astuces, remarques, questions ou ressources à partager, dîtes le nous dans les commentaires ci-dessous ! Au  plaisir de vous lire 😀

Sources

Envisioning the Future of Growth Mindset Research in Education

« Mindset » – Carol Dweck (Editions Mardaga, 2017)

4 Comments

  1. Super article ! Très intéressant, je pense que dans certaines situations j’ai l’esprit fixe et dans d’autres situations j’ai l’esprit de croissance ! On n’est pas parfait et on s’améliore de jours en jours 🙂

  2. Super article !
    Je pense que les enfants surestiment souvent l’importance que les parents portent aux bonnes notes. Bien sûr que nous sommes contents et fiers si notre enfant réussi, mais surtout parce que c’est important pour lui, par pour nous.
    Et j’adhère totalement à ce conseil : « En définitive il vaut mieux dire «wow, bravo! Je vois que tu as bien travaillé et que tes efforts ont payé» plutôt que dire «wow comme tu es intelligent.e!». »

  3. Le titre a attiré mon attention! Je suis en plein dedans avec mes loulous, et particulièrement mon ainé! Mes deux loulous vont à l’école à reculons et je sens bien qu’ils ne sont ne pas épanouis là-bas! Pourtant, aucune note pour le moment. Pour le grand, je lui montre tous les progrès qu’il a fait en travaillant dur : aujourd’hui, tu sais marcher, tu sais faire du vélo, tu as travaillé dur pour en arriver là…c’est un travail de tous les jours! Il est tellement important qu’ils comprennent qu’il n’y a pas de réussite sans échec et que les échecs sont la voix pour réussir!!

  4. Merci pr cet article très intéressant ! Le fait de donner confiance à l’enfant est déjà selon moi un grand pas vers réussir !

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