La pédagogie ZPD de Lev Vygotski

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C’est parce qu’il a la conviction que la famille et l’école jouent un rôle crucial dans le développement de la pensée de l’enfant que Lev Vygotski (1896-1934) élabore le concept de la ZPD, la Zone Proximale de Développement.

C’est une zone d’apprentissage de l’enfant qui est limitée en amont par ce qu’il est capable de faire de manière autonome et en aval par ce qu’il pourrait faire si un adulte le guidait ou s’il travaillait au sein d’un groupe de pairs.

La  Zone Proximale de Developpement de Lev Vygotski

La notion de la Zone Proximale de développement ou ZPD s’articule autour de 2 principes pédagogiques suivants :

  • Le développement progressif
  • Le rôle de l’enseignant

1- Le développement progressif

« Ce que l’enfant est en mesure de faire aujourd’hui en collaboration, il saura le faire tout seul demain. » (Lev Vygotski, Pensée et langage)

Au début de la ZPD (en jaune), l’enfant a besoin de très peu d’aide pour apprendre. Mais au fur et à mesure qu’il se rapproche de la zone de développement la plus proche (en bleu), les exercices deviennent difficiles pour lui et demandent donc de l’aide pour les réussir.

En fait c’est la confiance en soi qui est en construction dans ce processus. Chaque apprenant évoluant dans sa ZPD sait qu’il aura besoin de soutien à un moment ou à un autre.

Cependant, au départ de cette zone, en réussissant quasiment sans aide, il réalise qu’il a des compétences et cela crée de la confiance. Lorsqu’il est proche de la zone limite de développement, il obtient de l’aide pour accomplir une tâche plus difficile. Attention l’échec serait désastreux et le sortirait de sa zone ZPD mais s’il passe le cap alors il parvient à résoudre des problèmes situés au-delà de sa zone ZPD.

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Autrement dit, la zone ZPD d’un apprenant n’est pas fixe mais elle se déplace et s’agrandit au fur et à mesure que l’élève progresse.

2- Le rôle de l’enseignant

« Le rôle de l’éducateur, comme on l’a dit souvent, n’est-il pas, par définition, de devenir inutile, dès lors qu’il a permis au jeune de gérer sa propre autonomie. » (Michel Barlow)

 

2.1 – La double responsabilité

L’enseignant a une double responsabilité : découvrir la ZPD de l’élève et le maintenir dans cette zone d’apprentissage. Car s’il accomplit des tâches trop faciles, c’est qu’il est en dehors de sa ZPD donc il n’apprend rien et risque de s’ennuyer. Si les tâches sont trop difficiles, il est en dehors de cette zone et sa réaction sera de se décourager.

En théorie, le dosage dans l’intervention du professeur va avoir un impact sur la progression de l’apprentissage d’un élève.

 

2.2 – La progression du soutien pédagogique

On peut distinguer 5 étapes dans la progression du soutien pédagogique de l’enseignant.

  1. L’instructeur propose une tâche plutôt facile. En réaction, l’élève goûte au parfum de la réussite et augmente ainsi sa confiance en lui et en son aptitude à réussir des tâches d’un certain niveau.
  2. Il augmente la difficulté des tâches demandées sans qu’elles soient trop difficiles
    A cette étape, les élèves peuvent s’entraider.
  3. Il apporte de l’aide jusqu’à ce que les élèves réussissent.
    Il fournit des stratégies pour améliorer les processus d’apprentissage : son objectif est de fournir le soutien à l’élève afin qu’il soit autonome dans son apprentissage des tâches.
  4. Les élèves font l’expérience de la réussite à plusieurs reprises
    L’enseignant donne des tâches différentes mais de même niveau d’exigence, et retire progressivement son soutien. Ainsi, l’enfant devient autonome avec une facilité plus grande à résoudre ces exercices.
  5. Vers une tâche plus difficile
    La tâche devenant difficile, l’enseignant augmente son aide en conséquence pour aider l’apprenant à résoudre celle-ci. Par conséquent, la ZPD de l’élève s’agrandit et englobe désormais des tâches de plus en plus exigeantes. Ainsi, les nouveaux défis vont mener à un développement supérieur de l’enfant tout en stimulant son goût pour la réussite pas à pas.
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En fait, comme le rapporte le mathématicien et pédagogue Gérard Vergnaud, l’aide de l’enseignant est une aide autonomisante car elle « favorise l’apprentissage c’est-à-dire le processus qui fait passer de la dépendance à l’autonomie ».

De plus ajoute le pédagogue hollandais Seth Chaiklin:

« l’enseignant n’abandonne pas les étudiants, mais les aide à ne plus avoir besoin d’aide, à apprendre par eux-mêmes ».

 

La ZPD et les Mathématiques en pratique

La mathématicienne et ancienne Directrice de l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques Régine DOUADY a développé une méthodologie intégrant la ZPD pour résoudre les problèmes mathématiques qu’elle nomme « situations-problèmes ».

1- La situation-problème

La situation-problème n’est ni une problématique (questionnement sur un sujet déterminé), ni un problème « réel » (il peut être fictif) à résoudre; la situation-problème est une tâche concrète adaptée aux élèves pour qu’ils apprennent quelque chose. Pour y parvenir, les apprenants franchissent un certain nombre d’obstacles incontournables (i.e. par exemple, manque de connaissances, de savoir-faire des élèves).
La situation-problème fait partie des outils d’une pédagogie fondée sur l’autoconstruction des savoirs (apprentissage en groupe qui stimule le désir d’apprendre de chaque membre).

Comme pour le développement progressif dans la ZPD,

« la situation-problème ne doit être ni trop facile, parce qu’alors l’élève n’apprendrait pas grand chose, ni trop difficile, sous peine d’abandon de l’apprentissage ou de repli dans une attitude de
dépendance à l’égard du professeur ou de ses condisciples ». (C. Patourne, CIFEM 2002)

2- La situation-problème et la ZPD

Pour Régine DOUADY, les 5 caractéristiques suivantes sont absolument nécessaire pour aborder une situation-problème :

1) La concentration – Essentielle pour un apprentissage optimal ; cette notion est également étayée par les gestes mentaux de Antoine de la Garanderie cliquez ici. L’élève s’engage et mobilise ainsi ses connaissances.

2) Des Connaissances insuffisantes – Les connaissances de l’élève sont en principe insuffisantes pour qu’il résolve immédiatement le problème. A partir de celles-ci, il va pouvoir en acquérir et construire de nouvelles.

3) Une Solution convenable – La situation-problème doit permettre à l’élève de prendre tout seul conscience de l’insuffisance de ses connaissances et décider si une solution trouvée est convenable ou pas. Cette caractéristique est essentielle. En effet l’élève doit prendre tout seul conscience de l’insuffisance de ses connaissances. Cette insuffisance ne peut se constater que s’il est capable de réaliser tout seul que sa solution est fausse ou que sa méthode est trop lourde.

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4) La connaissance à acquérir – Des variables didactiques (i.e. les données du problème ou le matériel mis à disposition des élèves) vont avoir un impact sur les stratégies que les élèves vont développer acquérir de nouvelles connaissances.

5) Un problème multi-facette – Le problème peut se formuler dans plusieurs cadres entre lesquels on peut établir des correspondances (par exemple cadre physique, cadre géométrique, cadre graphique)

Nous pouvons ajouter une 6ème caractéristique fondamentale à cette liste – le statut de l’erreur – Ainsi, l’erreur est tout à fait normale, un épisode dans la restructuration et l’élargissement des connaissances.

Vous pouvez retrouver des applications de la ZPD en France et dans le monde dans les resources ci-dessous.

Sources :

« Jeux de cadres et dialectique outil-objet, Recherches en didactiques des mathématiques », Régine DOUADY, vol.7.2 , éd La Pensée Sauvage, 1986.

« Problème ouvert et situation-problème », G. ARSAC, G. GERMAIN, M. MANTE, IREM de Lyon, 1991.

 

Influence et Héritage

Le mathématicien Gérard Vergnaud et le docteur en sciences de l’éducation Seth Chaiklin sont des adeptes de la théorie de Lev Vygotski et ont d’ailleurs écrire des ouvrages et des articles de recherche à ce propos. (cf. Sources)

Sources

« La psychologie de Vygotsky », Angel Rivière, 1990.

« Lev Vygotski – Pédagogue et penseur de notre temps », Gérard Vergnaud, 2000.

« The zone of proximal development in Vygotsky’s analysis of learning and instruction », Chaiklin, 2003

 

C’est article fait partie de mon défi 30 jours ; retrouvez-en la description via le lien suivant https://la-baguette-math-et-magique.com/mon-defi-30-jour…nir-bon-en-maths/

Si vous avez apprécié ou souhaitez me poser une question ou faire un commentaire, je serai ravie de vous répondre.

 

 

 

2 Comments

  1. Merci beaucoup pour cet article éclairant sur le rôle de chacun dans les apprentissages.

  2. Merci pr cette article très complet avce la pédagogie zpd! Je suis d’accord il est primordial que l’enfant soit à l’aise pr travailler et est confiance en lui et en ses capacités ! Son environnement de travail est très important aussi !

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