La différenciation pedagogique

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« Si vous jugez un poisson à sa capacité à grimper dans un arbre, il passera sa vie entière à croire qu’il est stupide » – Albert Einstein.

 

Et au pédagogue Howard Gardner d’emboîter le pas du célèbre physicien en démontrant à travers les intelligences multiples (cliquez ici vers notre article) que nous sommes tous intelligents. En effet, nous sommes tous différents, avec des aptitudes, des motivations, des modes de compréhension et de comportement, et des affinités différentes.

C’est de ce constat que sont partis des éducateurs et pédagogues pour développer le concept de différenciation pedagogique au sein d’une classe.

C’est donc le meilleur moyen selon eux pour lutter contre le décrochage scolaire et aussi amener chaque élève au maximum de son potentiel.

la différenciation pedagogique

1- A propos de la différenciation pedagogique

« Soyez vous mêmes, tous les autres soint déjà pris ! » – Oscar Wilde

 

Le conseil supérieur de l’éducation definit la différenciation pédagogique en ces termes :

« Une démarche qui consiste à mettre en oeuvre un ensemble diversifié de moyens et de procédures d’enseignement et d’apprentissage afin de permettre à des élèves d’âges, d’aptitudes, de compétences et de savoir-faire hétérogènes d’atteindre par des voies différentes des objectifs communs et, ultimement, la réussite éducative. »

Différencier pédagogiquement, c’est adapter l’enseignement de façon à optimiser l’apprentissage de chaque élève dans une classe. C’est la mobilisation de la diversité des méthodes pour faire face à la diversité des élèves pour des objectifs communs i.e. les programmes scolaires nationaux.

1.1- Quels types de différenciation pedagogique ?

1.1.1- les formes de différenciation

Un consensus a été élaboré par le Conseil National d’Evaluation du Système Scolaire (CNESCO) en 2017 pour apporter un cadre didactique et pratique à la différenciation pedagogique. L’organisation a identifié 2 types de différenciations:

  • structurelle – qui différencie les parcours (selon le profil de l’élève) et se relève des actions des autorités scolaires. Elle peut être verticale (redoublement, saut de classe) ou horizontale (enseignement spécialisé, filières – générale, technique, artistique, professionnelle,portive -, classes de niveau)
  • pédagogique – qui concerne les activités d’apprentissage mises en place par l’enseignant

1.1.2- les objets de différenciation

Les recherches montrent qu’on peut différencier plusieurs aspects dans l’enseignement d’une classe:

1- les contenus d’apprentissage – tous les élèves ne progressent pas à la même vitesse et ont des lacunes à combler différentes. Il convient donc de leur apporter un soutien différent, tant dans le matériel disponible que dans la tâche à accomplir.

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2- les processus d’apprentissage – l’enseignant propose des modalités d’apprentissage multiples. Il peut cumuler un enseignement explicite avec un soutien évolutif ou une ZPD de l’enfant dans la progression de son apprentissage. Plus précisément, l’enseignant peut disposer des outils de la pédagogie explicite développée par le Pr Barak Rosenshine qui propose un format de classe idéale fondé sur ses connaissances en sciences cognitives et ses observations pédagogiques – cliquez ici vers l’article. D’autre part, le professeur identifiera la ZPD ou Zone Proximale de Développement de ces élèves. Ce concept a été élaboré par Lev Vygotski qui préconise que l’élève doit bénéficier d’un soutien pédagogique progressif de la part de l’enseignant afin d’en faire un élève autonome et confiant – Cliquez ici vers l’article.

3- les résultats/objectifs – Il faut que l’élève puisse mesurer lui-même sa progression. Un portfolio de ses activités tout au long de l’année lui sera attribué. Il construit ainsi sa confiance en soi en apprenant à se comparer à lui-même et pas aux autres.

4- les environnements physiques et émotionnels – des espaces dédiés au travail de groupe ou à des ateliers ou au calme mais aussi des routines seront installés pour stimuler cognitivement.

Voilà donc la théorie. Mais comment différencie-t-on pédagogiquement en pratique ?

1.2- la différenciation pedagogique en pratique

Les experts de l’éducation du CNESCO recommandent aux enseignants de piocher dans les méthodes pédagogiques suivantes. Elles permettent de mettre en place dans leur classe une différenciation pedagogique efficace.

  1. L’enseignement explicite – que vous pouvez découvrir en détails dans notre article La Pédagogie Explicite . En particulier le modelage qui focalise l’attention sur le processus en annonçant le résultat d’un problème à résoudre au début du cours.
  2. Le tutorat – Un élève se montre volontaire pour explique à un petit groupe de ses pairs à expliquer une notion, un problème. Le pédagogue Célestin Freinet s’est fait l’avocat de cette méthode d’apprentissage en encourageant la coopération entre élèves mais aussi l’organisation de la classe et la vie scolaire pare eux-mêmes – cliquez ici vers l’article.
  3. Les groupes au sein et entre les classes – Ce ne sont pas des groupes de niveau mais des groupes de besoins. Ces derniers sont temporaires et permettent ponctuellement de regrouper des élèves afin de travailler une compétence en particulier.
  4. Le co-enseignement – Fait référence à un enseignement commun délivré dans une classe par deux ou plusieurs professeurs qui se partagent les responsabilités éducatives. Cette méthode nécessite donc une collaboration extrêmement étroite entre les deux enseignants .
  5. La classe inversée – Le principe consiste à ce que les élèves étudient les nouvelles notions chez eux. Ainsi, les séances en classe sont réservées à des travaux pratiques, des exercices et ateliers avec l’enseignant. L’objectif est de libérer du temps de classe :
    • en autonomisant l’élève dans son apprentissage de notions jugées accessibles,
    • au profit du temps de travail avec le soutien essentiel de l’enseignant pour acquérir des compétences.
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2- Le rôle de l’enseignant

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2.1- une responsabilité et une liberté d’enseigner – loi Fillon Mai 2005

La loi d’orientation de l’école de 2005 a élargi le champ d’action des enseignants pour plus de qualité et de justice dans l’enseignement.

A travers 3 grands axes :

1- Mieux respecter les valeurs de la République (égalité homme-femme, tolérance, respect des autres).

2- Mieux organiser les enseignements et les établissements.

3- Mieux gérer le système éducatif avec la création du Haut Conseil de l’Education.

A travers 3 priorités :

1- Faire réussir tous les élèves (à travers le socle commun de connaissances et de compétences, et le Programme Personnalisé de Réussite Educative (PPRE)

2 Redresser l’enseignement des langues

3 Réformer la formation des maîtres via les organismes Institut Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM) ; notamment avec l’intégration des universités à partir de 2008.

2.2- les modalités d’un enseignement différencié

Une pédagogie différenciée positive nécessite l’engagement de l’enseignant dans les attitudes et actions suivantes:

  1. Avoir des attentes scolaires élevés pour tous
  2. Organiser des apports individuels pour tous les élèves, pas seulement ceux en difficulté
  3. Formuler des objectifs précis et à court terme
  4. Mettre en place des feedbacks régulièrement
  5. Maintenir des temps d’enseignement collectifs en classe entière importants

2.3 – les outils d’un enseignement différencié

D’après les recherches du Docteur en Sciences de l’Education Alexia Forger, le temps d’enseignement idéal comporte 3 phases:

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 Différencier AVANT l’enseignement
1. Tester : avant de mettre un objet d’enseignement à l’étude, il peut être utile de tester les prérequis de certains élèves pour lesquels on ne situe pas précisément le niveau.
2. Réactiver : Réactiver des notions pour l’enseignement qui suit pour certains élèves.
3. Préparer : Préparer certains élèves avec des clés d’accès, des repères avant l’activité (ex : table d’appui, voir encadré ci-dessous).

 Différencier PENDANT l’enseignement
1. Soutenir : l’enseignant peut soutenir/étayer les élèves (ex : aide individuelle ou interaction                                                               2. Adapter : l’adaptation des conditions de réalisation d’une tâche englobe à la fois l’aménagement des supports (matériel), de la consigne, des exigences, de la qualité de travail ou encore du temps mis à la disposition.
3. Évaluer : Cibler avant tout les élèves dont la progression pose problème.

 Différencier APRÈS l’enseignement
1. Exercer : tous les élèves ne sont pas égaux face à l’automatisation des procédures apprises. D’ailleurs, certains auront besoin d’un temps de consolidation (ex : plan de travail, voir encadré cidessous). PLAN DE TRAVAIL
2. Revoir : les difficultés d’un élève ne sont pas celles d’un autre et la révision de certains éléments non acquis sera ciblée sur les difficultés effectives des élèves (ex : groupes de besoins, voir encadré ci-dessous). GROUPE DE BESOIN

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3- La différenciation pedagogique en mathématiques

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« Nous devrions passer moins de temps à classer les enfants et plus de temps à les aider à identifier leurs compétences et leurs dons naturels et à les cultiver. Il existe des centaines et des centaines de façons de réussir et beaucoup, beaucoup de capacités différentes qui vous aideront à y parvenir. » (Howard Gardner)

Au Canada, depuis 2010, deux stratégies efficaces ont fait leur preuve  pour une différenciation réussie dans une classe : les questions ouvertes et les tâches parallèles.

3.1 – Les questions ouvertes

Il s’agit pour l’enseignant de lancer une discussion sur un problème mathématique tout en instaurer un climat bienveillant. En effet, en répondant, chaque élève peut s’exprimer avec assurance sans se sentir juger. Comment ?

Par exemple, le professeur pose la question suivante à partir de la représentation ci-dessous « Décris l’image ci-contre à l’aide d’une égalité mathématique ».
Les réponses sont multiples (3+3+3+3) ou (4+4+4) ou (6+6).
Pour les élèves plus avancées, l’utilisation des tables de multiplication sera une évidence.

Ainsi, l’enseignant entreprend son travail d’identification du profil des élèves et permet à tous de participer à la discussion quel que soit leur niveau.

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3.2 – Les tâches parallèles

L’objectif ici est que tous les élèves d’une classe s’impliquent simultanément au sein d’un même apprentissage d’un concept clé à travers 2 tâches parallèles. Les niveaux de compétence des enfants vont être mis à l’épreuve.

Par exemple, l’enseignante souhaite aborder le concept suivant « toute soustractio peut être vue comme une addition ».
Certains élèves seront plus à même de manipuler des nombres à trois chiffres, d’autres plutôt à deux chiffres.
Quelque soit leur niveau de maîtrise de ces nombres, ils seront tous impliqués dans ce processus d’apprentissage grâce au matériel et aux stratégies éducatives.

 

http://www.ac-grenoble.fr/mathssciences/IMG/pdf_Differencier_en_mathematiques_E_Touchard.pdf

 

Influence et Héritage – Conclusion

Sources

www.cnesco.fr/fr/differenciation-pedagogique

« Penser la différenciation pédagogique » – Alexia Forget, Brochet, 2018.

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Si vous avez apprécié ou souhaitez me poser une question ou faire un commentaire, je serai ravie de vous répondre.

 

 

 

5 Comments

  1. Bonjour,
    Les différents aspect sur la pédagogie est passionnante.
    Je ne connaissais pas les 3 phases d’une séquence d’enseignement.
    Merci pour ton partage.

  2. Il me semble que la grande difficulté dans l’éducation est de conserver chez l’enfant une confiance en soi positive. Après tout, apprendre c’est aussi faire des erreurs. Merci pour cet article très complet.

    • Merci Gladys pour votre retour ! En effet l’erreur dans l’apprentissage est essentielle et c’est d’ailleurs le sujet de mon prochain article

  3. Merci pour cet article intéressant!
    Je voyais la pédagogie comme une competence qu’on developpe plus ou moins en fonction de son affinité et de sa pratique. Mais il s’agit d’une véritable méthodologie qui permet à un groupe d’individus différents d’acquérir des compétences et des connaissances.
    Je pense que ça pourra me servir dans ma vie personnelle et professionnelle.

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