La pedagogie positive : apprendre avec le cœur

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Comment peut-on apprendre avec le cœur ?

Après « apprendre avec la tête« , cet article est le 2e volet sur les 3 consacrés à « l’approche tête cœur corps » de la pédagogie positive.

Les sciences du cerveau ou neurosciences ont débuté dans les années 1970 avec les sciences cognitives pour comprendre comment notre cerveau met en place les mécanismes intellectuels d’attention, de pensée, de mémorisation, de langage pour assimiler de nouvelles notions.

Ce n’est que tout récemment à la fin du siècle dernier, que les neurosciences affectives et sociales (NAS) ont vu le jour. Leur rôle est d’identifier, d’explorer et comprendre la relation et l’état émotionnel optimaux pour apprendre.

Une vraie découverte pour un enseignement des éducateurs et un apprentissage des élèves plus sereins.

Apprendre avec le cœur : Les émotions et leur rôle dans l’apprentissage

pedagogie positive apprendre avec le coeur

C’est quoi une émotion ?

Une définition du dictionnaire Larousse : « Réaction affective transitoire d’assez grande intensité, habituellement provoquée par une stimulation venue de l’environnement. »

Une deuxième définition : « Sous l’Ancien Régime, révolte populaire non organisée et généralement de courte durée. »

En effet, pendant très longtemps, les émotions ont eu une connotation négative, du domaine de l’irrationalité et de l’incontrôlable, s’opposant à l’intellect allié fortement valorisé de l’apprentissage, de la raison et du développement de la personne.

Mais depuis peu dans l’histoire moderne, le ressenti, les émotions sont désormais considérées comme facteur essentiel du développement du cerveau, du développement personnel et de l’apprentissage optimum et à long terme.

 

Les différentes émotions

D’après le psychologue américain Paul Ekman, il existe 6 émotions de base et 30 émotions positives secondaires qui sont des combinaisons des émotions de base. Elles sont catégorisées ainsi : les émotions positives, négatives es toxiques.

 

apprendre avec le cœur grille des émotions

De ses nombres observations et études, la pédiatre et experte en éducation Dr Catherine Gueguen nous encourage à ne pas diaboliser les émotions négatives au profit des émotions positives. Effectivement, il n’existe pas de mauvaises ou de bonnes émotions. Elles sont toutes nécessaires pour vivre.

Si vous croisez un lion, votre émotion de peur peut vous sauver la vie en vous forçant de manière instinctive à courir à toutes jambes. Par conséquent, il faut savoir maîtriser les émotions toxiques et négatives bien qu’elles fassent partie de notre vie. Et c’est là tout l’art et l’aide des éducateurs (parents, professeurs).

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Les émotions et l’apprentissage

Les émotions positives telles que la confiance, la fierté ou la passion vont agir comme un véritable « booster » pour l’apprentissage.

Le pionnier des neurosciences affective et sociale Carl Rogers en avait l’intuition. Chef de fil de la psychologie humaniste, il avait compris qu’un éducateur attentif aux émotions de l’apprenant crée une relation empathique indispensable pour le développement optimal de l’apprenant, mais aussi son bien-être, son identité et sa confiance.

Plus tard, en 2013, les neurosciences lui ont donné raison : les études de l’experte en pédagogie Elena Commodari ont montré que l’empathie de l’éducateur (parents ou enseignants) contribue à améliorer non seulement la socialisation mais aussi les compétences cognitives et linguistiques. Autrement-dit, la bienveillance ou un regard attentif aux émotions d’un élève a un impact très positif non seulement sur son intelligence extra personnelle (interagir avec les autres) mais aussi sur son apprentissage – en particulier ses capacités d’attention, de concentration et de mémorisation.

 

Comment ça marche au niveau du cerveau ?

Quand l’adulte est empathique et chaleureux, un cercle vertueux se produit, une chaîne de déclenchement de molécules très importantes se met en marche.

4 molécules dans le cerveau sont concernées : la dopamine, l’ocytocine, la sérotonine, et les endorphines.

  • La dopamine la molécule qui stimule la motivation, le plaisir à vivre et la créativité.
  • La sérotonine permet de stabiliser l’humeur.
  • Les endorphines procurent une impression de bien-être.
  • L’ocytocine est appelée « molécule de l’empathie ». Elle procure du bien-être, diminue l’anxiété et le stress.

Ainsi, sous l’effet d’une relation empathique ou d’un regard empathique de l’éducateur, l’enfant va sécréter la molécule d’ocytocine qui déclenche en cascade la production successive de : dopamine (Motivation), endorphines (bien-être), et sérotonine (bonne humeur).

Ainsi, c’est un enfant plus heureux, moins stressé, plus calme et plus motivé qui sera plus à même et plus heureux d’assimiler, de mémoriser et de restituer de nouvelles informations, c’est à dire apprendre.

 

Que se passe-t-il dans le cas contraire où il est submergé par des d’émotions négatives ou toxiques ?

Les émotions négatives majeures de l’apprentissage

De leurs nombreuses consultations, les autrices Audrey Akoun et Isabelle Pailleau ont identifié les 2 principales émotions négatives qui freinent l’apprentissage : la peur et la colère.

Il y a 6 formes de peur pour l’élève :

  • L’inconnu,
  • Se tromper,
  • Décevoir papa et maman,
  • Se faire gronder,
  • Être ridicule, et
  • Réussir.

 

3 types de colère :

  • Voir que les autres font mieux que nous,
  • Ne pas réussir tout de suite,
  • Être stressé par la durée et longueur des devoirs.

Ces émotions provoquent dans le cerveau une série d’activités moléculaires qui bloquent l’apprentissage, le stress.

Le stress

Le stress est défini par les psychologues comme « une réaction de l’organisme lorsque celui-ci est confronté à un stresseur c’est à dire un danger, une douleur, des émotions négatives, une contrariété et bien d’autres tourments physiques ouf psychologique. »

Pour comprendre ce qui se passe dans le cerveau sous l’effet du stress, focalisons-nous sur ces trois organes :

  • Le cortex orbitofrontal (le centre du raisonnement et de la logique)
  • L’amygdale cérébrale (le centre de gestion des émotions)
  • L’hippocampe (le cœur de tout apprentissage)

Quand un enfant est trop stressé, l’hippocampe (apprentissage) et l’amygdale (émotions) sont perturbés. C’est d’ailleurs l’amygdale qui nous fait réagir à un ressenti et qui permet le déclenchement de la sécrétion des hormones de stress.

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Ainsi, sous l’effet de la peur ou de la colère, le cerveau de l’enfant est court-circuité et le cortex orbitofrontal (raison, logique) ne va donc pas pouvoir accueillir et raisonner cette émotion. Celle-ci va directement être traité par l’amygdale (émotion). C’est pourquoi pendant un laps de temps, il va être impossible de réfléchir et de prendre du recul.

De plus, d’après les récentes découverte en neurosciences, la maturité du cerveau humain ne s’achève que vers 25 ans et en dessous de 5 ans le cortex orbitofrontal est immature alors que l’amygdale elle déjà là, en pleine croissance depuis la naissance.

Par conséquent, un jeune enfant est dominé par les émotions. Dans ces conditions, quels outils ou stratégies peut-il utiliser pour réduire ses émotions négatives ?

Nous vous proposons 2 outils :

  • la bulle de calme
  • le recentrage
la bulle de calme

Sous le coup du stress, la respiration est accélérée et irrégulière. L’adulte se tient là, tranquille, serein. Rassurant par sa présence, il pose les mains sur les épaules de l’enfant ou lui tient les mains ou les bras afin de l’amener à accueillir ses émotions et à se calmer tout seul.

Ainsi l’enfant apprend que les toutes émotions, et les négatives en particulier, ne sont que temporaires.

le recentrage

Désormais plus calme, l’enfant va être encouragé par le parent à prendre conscience de sa respiration: On inspire par le nez, on sent l’air traversé les bronches et gonfler le ventre comme un ballon.  Et on expire en dégonglant le ballon. Ce petit exercice de respiration de yoga  permet de retrouver une respiration plus lente et régulière.

 

Se sentant ainsi apaisé, le jeune élève peut désormais, sous le regard bienveillant des éducateurs, développer deux émotions positives fondamentales pour vie plein et heureuse : la confiance en soi et la motivation.

 

Apprendre avec le cœur : conquérir la confiance en soi et la motivation

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C’est quoi la confiance en soi ?

La définition du Larousse : « Sentiment, conscience que l’on a de sa propre valeur et dans lesquels on puise une certaine assurance. »

Vous vous rappelez la joie, de l’excitation et de l’émotion lors des premiers pas de votre enfant. Il avait beau tomber et se relever à nouveau, et reproduire le même schéma encore et encore et vous ne cessiez de l’applaudir et de l’encourager.

Quelques années plus tard, à l’école, sous la pression des normes établies de la société, vous commencez à douter de lui : « c’est vrai qu’ à son âge, il ne sait pas encore bien lire », «  c’est vrai qu’il a parfois du mal à s’exprimer », «  c’est vrai qu’il fait encore du vélo à 3 roues ».

Votre inquiétude (légitime) pour le futur de votre enfant a pris le dessus sur cette fierté, cet enthousiasme que vous lui transmettiez quand il était bien plus jeune : La confiance.

 

Comment améliorer la confiance en soi

Le rôle des parents

Chers parents, il vous appartient de lui redonner votre confiance: aidez-le à construire sa confiance en soi.

Votre confiance, c’est votre empathie, votre capacité à la bienveillance, à l’encourager et à le rassurer. Ainsi, vous allez l’aider à identifier ses propres ressources pour apprendre le mieux.

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La confiance en soi n’est pas innée. Nous naissons tous naît nus, effrayés et ignorants. Ce sont les expériences de la vie qui nous permettent de développer la confiance en soi.

Car la confiance n’est pas innée, elle se construit, elle se gagne.

 

Les 3 étapes pour construire sa confiance en soi

  1. Agir: très souvent, les émotions négatives, comme la peur d’échouer ou la peur de longueur des devoirs l’amènent à procrastiner. C’est toujours le premier pas qui coûte. Comme nous l’avons vu dans notre article sur la procrastination (cliquez ici vers l’article), il ne faut pas attendre d’être prêt pour agir. Encouragez-le à commencer, là maintenant.
  2. Être indulgent avec soi-même: quand on apprend une nouvelle notion, les premiers pas sont toujours imparfaits. Les erreurs sont tout à fait normales (cliquez ici vers l’article). Elles sont la sueur de la réussite. Donc chers parents, détendez-vous. Chers enfants, faîtes de votre mieux.
  3. Utiliser la méthode des petits pas :  ce qui va lui redonner confiance, c’est le goût du succès. Préparez avec lui un plan a plusieurs petites étapes pour résoudre son problème de mathématiques ou apprendre sa leçon. Chaque petite étape réussie va lui apporter la preuve qu’il progresse, et va le motiver a continuer. Car rien ne nous rend plus confiant que de savoir qu’on progresse, qu’on devient meilleur.

Un cercle vertueux ! On agit, on s’autorise à commettre des erreurs, on avance pas à pas et on gagne en confiance.

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C’est quoi la motivation ?

La définition du Larousse :

« Raisons, intérêts, éléments qui poussent quelqu’un dans son action ; fait pour quelqu’un d’être motivé à agir.

Grande catégorie de déterminants internes des comportements, des activités psychologiques et des états subjectifs ».

Comment améliorer sa motivation

La motivation ne tombe pas du ciel, en fait elle vient de la confiance. Plus l’enfant a confiance en lui plus il va être motivé. En voici le cercle vertueux :

  • Agir : allez ! on se bouge ! on fait juste un petit pas
  • Réussir (résultats positifs) : Whaouh super, on a réussi !
  • Confiance : ce petit succès est la preuve qu’on peut le faire
  • Motivation : On continue ? Biensur ! c’est tellement gratifiant

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Apprendre avec le cœur : pour récapituler

Apprendre avec le cœur, c’est appendre à :

  • Reconnaître ses émotions – pour mieux accompagner votre enfant
  • Les accepter – il n’existe pas de bonnes ou mauvaises émotions
  • Les maîtriser – quand elles deviennent excessives
  • En faire des alliées de son apprentissage pour :
    1. Prendre confiance en soi
    2. Entretenir sa motivation

Dans notre prochain article, nous fermerons le chapitre de l’approche tête cœur et corps de la pédagogie positive avec « apprendre avec le corps ».

Ainsi, nous partirons à la (re)découverte de notre corps et ses incroyables ressources.

 

sources

Elena Commodari – research

« Heureux d’apprendre à l’école » – Dr catherine Gueguen (Robert Laffont, 2018).

« La pédagogie positive » – Audrey Akoun et Isabelle Pailleau (Eyrolles, 2013).

« Le développement de la personne – 2ème édition » – Carl Rogers (Dunod, 2005).

 

5 réflexions sur « La pedagogie positive : apprendre avec le cœur »

  1. Merci pour cet article complet et très bien didactisé. Les étapes et schémas sont très clairs. Bravo

    1. Ravie de lire que cet article apporte de la clarté sur cette pédagogie, merci pour ce partage Miren !

  2. Merci pour cet article très complet et intéressant, hâte de lire la suite : apprendre avec le corps.

    1. Ravie de lire que cet article t’ait éclairé
      Merci Claire pour tes retours

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